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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 22:08

PARIS, 21 jan 2010 (AFP) - "Karl est passé hier soir tard, on a revu certaines choses", glisse François Lesage, 80 ans, roi des brodeurs de la couture parisienne, dont les ateliers travaillent d'arrache-pied sur la collection Chanel dessinée par M. Lagerfeld à une semaine des défilés.

François Lesage
François Lesage dans son atelier - Photo : JEAN-PIERRE MULLER (AFP)


"Au départ, on a un croquis et c'est notre rôle d'interpréter. Le couturier est l'architecte et nous les décorateurs. Tout est affaire de complicité", résume M. Lesage, qui a vendu sa maison en 2002 à la maison Chanel mais n'en reste pas moins sur le pont.


De tréteaux en tréteaux, de l'organza tendu sur lequel des dizaines de brodeuses piquent du fil, des paillettes et autres perles. Aucune nervosité palpable mais un travail organisé et patient, ultra-précis.


Outre
Chanel, elles oeuvrent aussi pour la collection Dior et la troisième saison du jeune Alexandre Vauthier, qui fait irruption dans l'atelier, son casque de moto à la main, pour emporter ce qui est prêt dans un banal sac de gym.


"Je suis dans les temps, je touche du bois", sourit le couturier de 38 ans, qui a travaillé notamment chez
Jean Paul Gaultier. "M. Lesage, je le connais depuis 15 ans. C'est un délice de concevoir avec lui les broderies. On bénéficie de son savoir-faire, de sa lumière, de sa sensibilité artistique".

Une bise et puis s'en va.


Retour à la technique, aux trucages faits à la vapeur et aux différentes méthodes pour obtenir un motif ou un effet. "Chez nous, il n'y a pas de règles, il n'y a que des recettes", assène M. Lesage, qui semble avoir une formule adaptée à chaque situation.


Discutant d'une piste de travail encore floue, il lance: "C'est très Londres là, il y a du brouillard". Face à un ouvrage presque fini, il décrète: "C'est pas tout à fait cuit".


Le brodeur, comme tous les fournisseurs de couture, "doit être un caméléon" et s'adapter à chaque donneur d'ordres. Il est arrivé à la maison de broder du papier d'emballage de chocolat, des coquilles de moules ou encore des plumes trempées dans du goudron: "Il n'y a pas de limite aux fantasmes des couturiers", s'amuse M. Lesage.


De pièce en pièce, des centaines de tiroirs conservent 40 tonnes de bobines de fil de toutes les couleurs, d'échantillons et autres perles de Tchéquie, sans compter les cartons de pièces maîtresses de collections passées où, comme sur les murs de l'atelier,
Saint Laurent est très présent.


"Je l'ai connu à 19 ans chez
Dior vous savez. Et Karl aussi, c'était un tout jeune homme quand je l'ai rencontré chez Patou. Gaultier, ou Lacroix qui est mon filleul, aussi, ils étaient débutants...", se souvient François Lesage
.

Il a repris à 20 ans la maison de broderie fondée par son père. "Je ne me suis jamais posé la question (de faire autre chose). Je couche dans la chambre où je suis né", confie-t-il sans état d'âme.

Sa mère travaillait chez la couturière Madeleine Vionnet. Il montre du doigt un cadre contenant la pièce de broderie dorée qui a permis la rencontre de ses parents: "Voyez là, c'est mon acte de naissance".


A cette époque, "la haute couture n'était pas faite pour rêver mais pour habiller. Aujourd'hui, c'est le contraire. Le prêt-à-porter a remplacé ce qu'était la couture dans les années 1950".


Le vieux monsieur au regard vif se souvient du temps lointain où il était "le plus jeune des brodeurs, le fils Lesage. Maintenant, j'en suis le doyen".

D'après la newsletter n°775 de FashionMag, par Gersende RAMBOURG 

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